Régionales en Ile-de-France : L’union des gauches, une stratégie locale mais un mirage pour la présidentielle ?

REPORTAGE L’écolo Julien Bayou et ses alliées, Clémentine Autain (LFI) et Audrey Pulvar (PS), ont tenu un meeting de campagne jeudi soir à Paris, avant le second tour des régionales dimanche

C’est un montage photo explosiftrès relayé sur les réseaux sociaux, qui illustre l’union de la gauche en Ile-de-France pour le second tour des régionales. Le cliché montre Audrey Pulvar (PS), Julien Bayou (EELV) et Clémentine Autain (LFI) en mode « super-héros », survivant au feu et aux débris. Ces trois-là arrivent ensemble, mais sans les flammes, ce jeudi soir, sur la scène de la Bellevilloise, dans le 20e arrondissement de Paris. Un meeting commun, à trois jours du scrutin décisif, pour tenter de battre la présidente sortante de droite, Valérie Pécresse.

« On nous disait irréconciliables, nous voici compacts et soudés comme jamais »

« Nos adversaires sont très nerveux car on peut gagner. Notre rassemblement fait de nous des adversaires redoutables face à la droite sortante », clame d’entrée la députée et candidate insoumise Clémentine Autain. « Nous portons cet espoir car nous avons réussi à nous unir. Ce n’est pas une alliance de circonstance, mais un rassemblement de fond ». Divisés avant le premier tour, les trois candidats ont réussi à s’entendre pour fusionner leurs listes dès lundi derrière Julien Bayou. Si l’ex-Les Républicains Valérie Pécresse est arrivée nettement en tête avec 35,94 % des voix dimanche, la gauche compte sur une addition de leurs trois scores (environ 34 % au total), pour rebattre les cartes.

« Depuis des mois, on nous promettait le pire. Résultat : nous sommes tous les trois qualifiés et unis pour le second tour parce que nous avons su mettre à l’agenda nos idées de transformation écologique de la société », défend Audrey Pulvar. Julien Bayou, dans la foulée, remercie ses nouvelles partenaires : « Nous avons trouvé un accord facilement car ce qui joue est plus grand que les désaccords d’appareil. On nous disait désunis, nous voici rassemblés. On nous disait aux abois, nous voici conquérants. On nous disait irréconciliables, nous voici compacts et soudés comme jamais ».

Une union locale qui met en lumière les divisions nationales

C’est vrai, il n’est pas fréquent de retrouver la gauche unie. Dans la salle, de nombreuses personnalités sont d’ailleurs de la partie : le fondateur de Génération. s Benoît Hamon, les députés LFI Eric Coquerel et Alexis Corbière, comme la sénatrice EELV Esther Benbassa. Une réunion qui révèle, par contraste, les éternelles divisions des gauches à l’échelle nationale, à dix mois de l’élection présidentielle.

« Le consensus est plus facile à trouver à l’échelle locale, on connaît nos divergences et les urgences pour la région, on sait où on veut aller. Et on est sur un scrutin à la proportionnelle, c’est un avantage », admet Ghislaine Senée, tête de liste EELV dans les Yvelines. « Les règles ont été fixées très vite : le candidat en tête fera le rassemblement au second tour. Autant au niveau national, on a des désaccords de fond, sur l’Europe notamment, qui ne peuvent se régler en un claquement de doigts, autant à l’échelle régionale, les convergences programmatiques sont très fortes. Sur la gratuité des transports par exemple, ce n’était qu’une question de degrés », ajoute William Martinet, candidat insoumis dans les Yvelines.

Cette coalition a tendu la fin de campagne. Valérie Pécresse et d’autres à droite ont appelé à faire barrage à « l’extrême gauche ». La présidente sortante a également reçu le soutien de l’ancien Premier ministre Manuel Valls et celui, plus inattendu, de Jean-Paul Huchon, son ancien adversaire PS et prédécesseur, qui a dirigé l’Ile-de-France de 1998 à 2015. Des appuis qui ont été condamnés à gauche, notamment par Lionel Jospin, figure de proue de la gauche plurielle.

Jean-Luc Mélenchon épinglé par certains responsables PS

Mais pour autant, cette coalition, qui s’est aussi forgée dans d’autres régions comme en Pays de la Loire ou dans les Hauts-de-France, pourrait-elle faire bouger les lignes pour la présidentielle ? L’affaire paraît toujours aussi mal embarquée. Anne Hidalgo, qui ne cache pas ses ambitions pour 2022, a ainsi soutenu l’union francilienne, tout en précisant qu’elle ne ferait « jamais alliance (…) avec les insoumis ». La maire PS de Paris ne s’est d’ailleurs pas privée pour tacler au passage « les propos souvent très violents » de leur chef de file Jean-Luc Mélenchon.

Plusieurs personnalités PS et EELV ont aussi tenu à faire la distinction entre Clémentine Autain et le tribun insoumis. « Clémentine Autain n’est pas Mélenchon, elle défend des lignes avec lesquelles on se sent plus proche. Mélenchon a été très dur avec les écolos, mais on en fait fi car l’enjeu c’est l’Ile-de-France », souffle Ghislaine Senée.

Du côté insoumis, on refuse de donner un écho national à ces alliances régionales. « On veut faire le score le plus haut possible avec des listes qui peuvent améliorer le quotidien des habitants. Il n’y a pas d’autres enjeux, balaie Eric Coquerel. Les attaques de certains socialistes montrent qu’ils sont déjà dans la tactique pour 2022 », ajoute-t-il. En fin de meeting, le public se lève et applaudit les trois alliés. « Tous ensemble, tous ensemble ! Hé ! Hé ! », chante d’une seule voix le peuple de gauche. Tous ensemble, au moins, jusqu’à la fin du second tour dimanche.

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