Référendum ADP : après une semaine, quels politiques ont soutenu le RIP ?

« Au total, 78 députés et sénateurs figuraient, au 25 juin, sur la liste des soutiens au référendum d’initiative partagée sur la privatisation d’ADP. Les partis de gauche se sont davantage mobilisés. Sans surprise, aucun élu LREM n’est allé contre la ligne du gouvernement.

Question posée le 22/06/2019

Bonjour,

Nous avons reformulé (et élargi) votre question : «Bonjour, les politiques qui se sont déclarés en faveur du référendum d’initiative partagée ont-ils bien soutenu la proposition ?»

Vous nous interrogez sur la procédure ouvrant la voie au référendum d’initiative partagée (RIP) sur la privatisation du groupe Aéroports de Paris (ADP). Pour que le référendum ait lieu, 4,7 millions d’électeurs représentant 10% du corps électoral doivent déposer leur soutien au référendum sur le site dédié avant le 12 mars 2020. Mercredi, environ 390 000 soutiens ont été validés. La liste des soutiens déposés est publique, et peut être consultée (même si le ministère de l’Intérieur, c’est peu de le dire, ne facilite pas la tâche).

Méthodologie

Pour vous répondre, nous avons recherché les noms des 577 députés et des 348 sénateurs, entre lundi 24 et mardi 25 juin, dans les 2 000 pages de signataires que compte le site. En parcourant, par exemple, les pages des noms commençant par «CO», l’internaute patient finit par trouver le député La France insoumise Alexis Corbière.

Il nous a également fallu prendre en compte la possibilité d’une homonymie (nous avons par exemple trouvé six homonymes de parlementaires LREM). Afin de l’écarter, la liste publique des soutiens indique les noms, prénoms et commune d’inscription sur les listes électorales des signataires. Le site propose également un moteur de recherche inversée permettant de vérifier l’identité de la personne. Si vous trouvez votre nom, elle vous permet de confirmer qu’il s’agit de vous ou non en entrant vos noms, prénom(s), date et lieu de naissance et commune d’inscription sur les listes électorales.

Prenons l’exemple du député André Chassaigne. Un dénommé André Chassaigne est bien présent dans la liste des soutiens à la page «CH». Pour être sûr qu’il s’agit bien de l’élu communiste, nous avons utilisé la recherche d’homonyme. En entrant la date et le lieu de naissance du député (disponibles sur le site de l’Assemblée nationale), ainsi que les prénoms et commune d’inscription sur les listes électorales du André Chassaigne présent dans les listes de soutien, nous avons pu confirmer qu’il s’agissait bien de l’élu du Puy-de-Dôme. En cas de doute, nous avons également contacté l’entourage de l’élu concerné.

Enfin, les signatures les plus récentes peuvent ne pas figurer dans la liste. Entre le dépôt de la signature et sa validation, cinq jours peuvent être nécessaires, ont expliqué à CheckNews le Conseil constitutionnel et le ministère de l’Intérieur. Il est donc possible que la signature d’un élu ait été validée entre nos recherches et la publication de cet article. Il est également possible qu’un élu ait signé quelques jours avant nos recherches, et ne soit pas encore apparu dans les listes.

Aucun parlementaire RN ou LREM parmi les soutiens validés

Pour répondre à votre question, nous avons observé le nombre de signataires par groupe politique à l’Assemblée nationale et au Sénat. Les élus de gauche sont les plus mobilisés, mais quelques élus LR ont également apporté leur soutien au RIP, qui fédère les oppositions à la majorité. Sans surprise, aucun élu LREM n’apparaît parmi les soutiens validés. Les représentants du Rassemblement national au Sénat ou à l’Assemblée non plus (bien que le parti ait appelé à signer en masse). De même qu’aucun sénateur centriste, député Modem, UDI ou membre du groupe hétéroclite «Libertés et territoires».

Mobilisation de la gauche

Côté communiste, le secrétaire général du groupe communiste au Sénat s’étonne que toutes les signatures des élus rouges du Palais du Luxembourg n’apparaissent pas encore sur la liste des soutiens. «Nous sommes pourtant tous debout pour la réalisation de ce référendum», indique Marc Hainigue. Peut-être la faute à «des difficultés techniques pour les sénateurs», concède le secrétaire général. Il est vrai que l’ergonomie du site du ministère de l’Intérieur n’est pas des plus accessible.

Marc Hainigue s’interroge pourtant sur des absences de signatures, même en prenant compte un délai de validation de cinq jours. D’après lui, Pierre Laurent, ex-secrétaire général du PCF, aurait soutenu la liste le 17 juin, à 14h30, mais mercredi soir, son nom n’apparaissait toujours pas sur le site du RIP.

A l’Assemblée nationale, un tiers des députés du groupe communiste disposaient au 25 juin de leur nom sur la liste officielle des soutiens, d’après notre décompte.

Sur 17 députés France insoumise, 9 députés apparaissent dans la liste des soutiens à l’heure de notre relevé. Alexis Corbière, qui s’est particulièrement investi sur le sujet, a bien signé, mais plusieurs figures du parti comme Jean-Luc Mélenchon, Eric Coquerel ou François Ruffin, manquent encore à l’appel.

Le parti a appelé ses adhérents à soutenir le référendum, et a même alerté le ministère de l’Intérieur sur les dysfonctionnements de la plateforme de recueil des signatures.

Les socialistes en bloc ?

Les parlementaires socialistes se voulaient en pointe sur ce dossier. Le 9 avril, lors d’une conférence de presse transpartisane, le député Boris Vallaud avait pris la parole pour annoncer aux journalistes que le seuil du nombre de parlementaires nécessaire pour déclencher le processus conduisant à l’organisation du RIP avait été atteint. Pour l’occasion, il était entouré de sénateurs et de députés de tous bords.

Boris VALLAUD

@BorisVallaud

La privatisation ADP est une grave erreur mais nous avons aussi tous intérêt à la réussite de ce rdv démocratique, quelle que soit l’issue du référendum lui-même. Chacun doit se mobiliser pour ce droit civique nouveau.

Ma tribune @AlterEco_ https://www.alternatives-economiques.fr/adp-un-referendum-liberer-democratie/00089683 

ADP : un référendum pour libérer la démocratie !

Député (socialiste) des Landes, Boris Vallaud appelle à soutenir le Référendum d’Initiative Partagée visant à reconnaître le statut de service public national aux Aéroports de Paris.

alternatives-economiques.fr

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Si Olivier Faure, premier secrétaire du PS, Valérie Rabault, présidente du groupe à l’Assemblée, et Patrick Kanner, président du groupe au Sénat, figurent bien dans les listes, ce n’est pas encore le cas de Boris Vallaud.

Selon notre décompte, 8 députés et 27 sénateurs (sur 101 parlementaires socialistes) ont déposé leur soutien en ligne. Mention spéciale pour Henri Cabanel, seul sénateur du groupe Rassemblement démocratique social et européen (RDSE) à avoir voté la loi référendaire et soutenu le RIP avec les socialistes.

Les Républicains quasiment absents

Chez Les Républicains, Gilles Carrez ou François Cornut-Gentille, présents à un récent meeting transpartisan sur le sujet, ont bien déposé leur soutien. Quelques absences sont à remarquer, comme celle de Robin Reda, présent lors de la conférence de presse du 9 avril. Au total, seuls 16 parlementaires des Républicains ont apporté leur soutien au projet de référendum sur la privatisation d’ADP.

La position de LR sur le sujet est complexe. Si quelques rares parlementaires sont très mobilisés, le parti est favorable au secteur privé. Les LR sont restés, pour la majorité, plutôt silencieux sur le sujet. Seuls quinze de leurs députés étaient ainsi présents lors du vote de la loi privatisant ADP le 11 avril.

Au total, sur les 248 parlementaires qui ont voté le projet de loi en faveur du référendum, 42% apparaissent dans la liste des soutiens au moment de notre décompte.

Ce décompte des premiers jours, s’il est un indicateur de la promptitude (ou pas) des élus et des partis à soutenir le RIP, ne préjuge évidemment pas de l’avenir. Il reste de longs mois avant la clôture des signatures, le 12 mars à minuit. Nous referons les comptes d’ici là.

Voici la liste de tous les députés et sénateurs figurant parmi les soutiens validés au moment de notre décompte :

Apourceau-Poly Cathy (PCF), Artigalas Viviane (PS), Assassi Eliane (PCF), Assouline David (PS), Aubert Julien (LR), Autain Clémentine (FI), Benbassa Esther (PCF), Berit-Debat Claude (PS), Bernalicis Ugo (FI), Bigot Jacques (PS), Bigot Joël (PS), Bonnefoy Nicole (PS), Boucard Ian (LR), Boyer Jean-Marc (LR), Brulin Céline (PCF), Cabanel Henri (RDSE), Carrez Gilles (LR), Carvounas Luc (PS), Chassaigne André (PCF), Corbière Alexis (FI), Cornut-Gentille François (LR), Cukierman Cécile (PCF), Cuypers Pierre (LR), Dallier Philippe (LR), David Alain (PS), Devinaz Gilbert-Luc (PS), Dharréville Pierre (PCF), Dominati Philippe (LR), Dumont Laurence (PS), Dumont Pierre-Henri (LR), Durain Jérôme (PS), Faucillon Elsa (PCF), Faure Olivier (PS), Fichet Jean-Luc (PS), Filleul Martine (PS), Garot Guillaume (PS), Gay Fabien (PCF), Gontard Guillaume (PCF), Gréaume Michelle (PCF), Grelet-Certenais Nadine(PS), Herbillon Michel (LR), Houllegatte Jean-Michel (PS), Houpert Alain (LR), Jacquin Olivier (PS), Jasmin Victoire (PS), Jourda Gisèle (PS), Kamardine Mansour (LR), Kanner Patrick (PS), Kerrouche Eric (PS), Lachaud Bastien (FI), Laurent Pierre (PCF), Lepage Claudine (PS), Lienemann Marie-Noëlle (PCF), Marleix Olivier (LR), Mazuir Rachel (PS), Meunier Michelle (PS), Montaugé Franck (PS), Obono Danièle (FI), Ouzoulias Pierre (PCF), Panot Mathilde (FI), Peu Stéphane (PCF), Pires Beaune Christine (PS), Préville Angèle (PS), Prud’homme Loïc (FI), Prunaud Christine (PCF), Quatennens Adrien (FI), Rabault Valérie (PS), Ressiguier Muriel (FI), Roger Gilbert (PS), Segouin Vincent (LR), Sueur Jean-Pierre (PS), Temal Rachid (PS), Todeschini Jean-Marc (PS), Tolmont Sylvie (PS), Tourenne Jean-Louis (PS), Vaspart Michel (LR), Vogel Jean-Pierre (LR), Wulfranc Hubert (PCF)

Cordialement

Léo Caravagna, Adrien de Volontat, Bastien Hauguel, Thomas Moysan

Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le CFPJ pour le journal d’application de la promotion 48. »

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